Guide · mis à jour le 19 octobre 2026
Commerce pillé ou vitrine cassée : les 48 heures après, assurance et recours
Après une nuit de dégradations, l'ordre des démarches compte : mise en sécurité, plainte, déclaration à l'assurance, recours possible contre l'État. Voici ce qu'il faut faire, dans quel délai, et sur quels textes s'appuyer, avant de préparer la protection de la date suivante.
1. Sécuriser les lieux, sans effacer les preuves
La priorité est la sécurité des personnes, puis la fermeture du local. Une vitrine brisée laisse le magasin ouvert : il faut la condamner provisoirement, par des panneaux posés sur l'ouverture, en attendant le vitrier.
Avant de nettoyer, photographiez et filmez tout : façade, vitrine, rayons, réserve, caisse, avec la date. Conservez les débris et les objets abîmés tant que l'assureur ne vous a pas dit qu'ils pouvaient être jetés.
- Photos et vidéos datées de l'extérieur et de l'intérieur
- Débris et marchandises abîmées conservés à part
- Factures de la mise en sécurité gardées : elles font partie du préjudice
2. Porter plainte
La plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie. Le service « Plainte en ligne » du ministère de l'Intérieur (Ma Sécurité) permet de préparer le dépôt. Le récépissé est demandé par l'assureur, et il conditionne toute demande d'indemnisation à l'État.
Joignez la liste des biens volés ou détruits, même provisoire : vous pourrez la compléter ensuite.
3. Déclarer le sinistre à l'assureur, dans les délais
L'article L113-2 du Code des assurances fixe un délai de déclaration qui ne peut pas être inférieur à 5 jours ouvrés, ramené à 2 jours ouvrés en cas de vol. Le délai exact est celui de votre contrat : vérifiez-le dans les conditions générales, et déclarez au plus vite, par écrit.
Point décisif : selon l'article L121-8 du même code, l'assureur ne couvre pas les dommages causés par des émeutes ou des mouvements populaires, sauf si le contrat le prévoit. Cherchez la garantie « émeutes et mouvements populaires » dans vos conditions particulières.
L'article 171 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 prévoit de rendre cette garantie obligatoire dans les contrats d'assurance de dommages aux biens, mais son entrée en vigueur dépend d'abord d'une décision de la Commission européenne, puis d'un décret : début octobre 2026, aucune date n'était fixée selon les sources consultées.
4. Le recours contre l'État
L'article L211-10 du Code de la sécurité intérieure rend l'État civilement responsable des dégâts causés par les crimes et délits commis, par violence, par des attroupements ou rassemblements. Ce régime ne demande pas de prouver une faute de l'État, mais un lien direct entre le rassemblement et le dommage.
Ce qui compte est le lien avec la manifestation : la responsabilité de l'État n'est écartée que si les auteurs se sont constitués et organisés dans le seul but de commettre des délits ; le caractère prémédité et organisé des dégradations ne suffit plus, à lui seul, à l'écarter (Conseil d'État, 7 décembre 2017, Commune de Saint-Lô, n° 400801, et 3 octobre 2018, n° 416352, rappelés par le ministère de l'Intérieur en réponse à une question écrite). Le juge apprécie au cas par cas si les dégâts ont été commis en lien avec la manifestation ou en marge : faites évaluer votre dossier avant d'engager des frais. La démarche commence par une demande chiffrée adressée au préfet en recommandé, avec le récépissé de plainte et les justificatifs. Sans réponse dans les 2 mois, la demande est réputée rejetée et le tribunal administratif peut être saisi. La créance se prescrit par 4 ans à compter du 1er janvier qui suit le dommage.
Si votre assureur vous indemnise, il peut se retourner lui-même contre l'État : précisez-lui que vous engagez ou non la démarche, pour ne pas être indemnisé deux fois.
5. Préparer la date suivante
Un commerce touché une fois se trouve souvent sur un parcours qui reviendra. Notez les dates déjà annoncées, et faites poser les protections la veille plutôt que le matin même.
Nous posons des panneaux sur les vitrines et les accès, en mise en sécurité après un sinistre ou en prévention avant un événement annoncé, et nous les retirons dès que le risque est passé.
Sources
- France Épargne, « Émeutes, manifestations : assurance du commerce et responsabilité de l'État », publié le 6 octobre 2026
- Légifrance, loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 171
- Assemblée nationale, question écrite n° 2728, « Responsabilité de l'État du fait des dommages causés par les attroupements », réponse du ministère de l'Intérieur publiée au JO le 11 décembre 2018
- Service-Public.fr, « Porter plainte »
- Ministère de l'Intérieur, « Plainte en ligne », Ma Sécurité
Ce guide donne des repères généraux et ne remplace pas l'avis de votre assureur ou d'un avocat.